Dès l'ouverture de la conversation, le Dr Teshome pose le cadre : la semence n'est pas un simple intrant agricole, elle est le pilier biologique, culturel, politique et civilisationnel sur lequel repose toute agriculture. Contrôler la semence, c'est détenir une forme de pouvoir ; en perdre la maîtrise, c'est fragiliser la souveraineté d'un peuple tout entier.
En effet, le cœur de l'argumentation scientifique repose sur une réhabilitation du savoir paysan. Loin de l'image d'une agriculture traditionnelle dépassée, le Dr Teshome décrit des agriculteurs comme de véritables chercheurs empiriques, dont les critères de sélection variétale sont multifonctionnels : rendement, qualité nutritionnelle, aptitude à la conservation mais aussi valeur spirituelle et symbolique. Il illustre cette richesse par le cas de l'Éthiopie, qui concentre à elle seule la plus grande diversité génétique d'orge au monde pour une unique espèce cultivée
Cette mise en perspective nourrit une critique frontale de la Révolution verte. Si celle-ci a permis des gains de rendement ponctuels, le Dr Teshome souligne qu'elle a laissé des dégâts durables : appauvrissement des sols, uniformisation culturale autour d'un nombre restreint d'espèces, et effacement de savoirs accumulés sur des générations.
Pour lui, l'enjeu contemporain n'est donc pas seulement technologique, il est fondamentalement politique. La concentration du contrôle des semences entre les mains d'intérêts industriels constitue selon ses termes, une véritable lutte de pouvoir qui menace l'autonomie des agriculteurs bien plus qu'elle ne sert leurs intérêts.
L'exemple de Cuba vient étayer cette thèse d'une alternative crédible : l'île a démontré qu'une agriculture fondée sur la biodiversité et l'autosuffisance pouvait constituer une réponse viable, loin des dépendances imposées par les circuits semenciers mondialisés.
En conclusion, le Dr Teshome adresse un message clair aux gouvernements africains : valoriser les ressources et les connaissances locales, adosser les politiques agricoles à la biodiversité plutôt qu'à l'uniformité, et surtout investir dans les jeunes agriculteurs, seuls capables de perpétuer et de réinventer ces savoirs pour l'avenir.
Un plaidoyer qui résonne directement avec les combats portés par l'AFSA et des campagnes comme #MaSemenceMaVie : la souveraineté alimentaire du continent ne se jouera pas seulement dans les laboratoires mais dans la reconnaissance du champ comme lieu de science à part entière.
L'intégralité du Podcast : https://www.youtube.com/watch?v=i664ABjusDQ&t=336s