C'est ce constat que les consultations mondiales et régionales organisées par la FAO entre 2014 et 2018 ont mis en avant, de façon répétée. Les organes directeurs de l'Organisation en ont fait une demande explicite en 2018 : produire des données probantes harmonisées sur l'agroécologie. En réponse, la FAO a développé, avec de nombreux partenaires, l'Outil d'évaluation des performances de l'agroécologie, plus connu sous son acronyme anglais TAPE (Tool for Agroecology Performance Evaluation).
TAPE est un outil numérique qui collecte des données au niveau de l'exploitation agricole, évalue le degré de transition vers l'agroécologie et quantifie ses bénéfices multidimensionnels. L'ambition est simple : constituer une base de données mondiale, harmonisée capable de démontrer comment l'agroécologie contribue à des systèmes agricoles et alimentaires plus durables et de le démontrer avec des données comparables d'un pays, d'un territoire ou d'une organisation paysanne à l'autre.
TAPE n'est pas pensé uniquement pour les statisticiens de la FAO. Il a trois usages concrets qui parlent directement aux organisations paysannes, aux ONG et aux institutions publiques :
- Nourrir le plaidoyer politique avec des preuves communes. TAPE informe les décideurs et les institutions de développement à partir de données harmonisées sur la performance de l'agroécologie et sa contribution aux Objectifs de développement durable. Il facilite aussi la coopération entre secteurs et départements qui, autrement, travaillent en silos.
- Accompagner la conception et le suivi de projets. L'outil aide à concevoir des interventions, à comparer des systèmes agricoles dans le temps, à l'échelle de l'exploitation comme du territoire , un levier pour réorienter les investissements publics vers des modèles plus durables.
- Renforcer les connaissances des producteurs eux-mêmes. Le processus de collecte de données est participatif : agriculteurs, organisations et décideurs y gagnent une meilleure compréhension de leurs propres pratiques, ce qui nourrit des décisions futures mieux informées.
TAPE a été conçu pour rester accessible y compris à des structures qui n'ont pas de service statistique dédié. Il repose sur une démarche progressive en quatre étapes, adaptable aux contextes locaux, aux langues et aux groupes sociaux et culturels, et suffisamment souple pour être complétée par d'autres méthodologies.
Étape 0 : Poser le contexte. C'est l'étape préliminaire : rassembler toutes les informations contextuelles pertinentes sur le territoire étudié ainsi que les facteurs qui favorisent ou freinent la transition agroécologique notamment les politiques publiques en vigueur. Concrètement, cette étape démarre le plus souvent par une revue documentaire, complétée par des discussions de groupes cibles ou des entretiens avec des informateurs clés, à l'échelle de la communauté, de la région ou du pays.
Étape 1 : Caractériser le niveau de transition. Cette étape mobilise les 10 éléments de l'agroécologie définis par la FAO pour évaluer où en est le système de production dans sa transition. Ce diagnostic permet d'identifier les forces et les faiblesses des systèmes évalués, de suivre des projets dans la durée, ou de repérer des points d'entrée pour de futures activités.
Étape 2 : Mesurer la performance sur cinq dimensions. Il s'agit ici de quantifier l'impact de l'agroécologie à travers cinq dimensions de durabilité : gouvernance, économie, santé et nutrition, société et culture, environnement et changement climatique. Dix critères concrets structurent cette mesure : régime foncier, productivité, revenus, valeur ajoutée, exposition aux pesticides, diversité alimentaire, autonomisation des femmes, emploi des jeunes, biodiversité et santé des sols. Les données des étapes 1 et 2 sont collectées via une enquête généralement centrée sur l'exploitation ou le ménage, à l'aide d'un outil de collecte en logiciel libre, utilisable en ligne comme hors ligne, et déjà traduit dans plusieurs langues.
Étape 3 : Partager et valider collectivement. La dernière étape consiste à restituer les résultats à la communauté pour une interprétation participative, avec les agriculteurs, les autorités locales, les décideurs politiques et les autres acteurs concernés. Les résultats de performance (étape 2) sont relus à la lumière du niveau de transition (étape 1) et du contexte de départ (étape 0). Selon les besoins, cette étape peut mobiliser des méthodes participatives : discussions de groupe, grilles de priorités, analyses SWOT, études de cas. C'est ce croisement qui permet d'identifier des pistes concrètes d'amélioration, y compris sur le plan des politiques publiques.
La FAO met aujourd'hui en œuvre TAPE dans toutes les régions du monde, avec l'appui de ses bureaux régionaux et nationaux, en collaboration avec des gouvernements, des universités, des organisations de la société civile et des organisations de producteurs. L'outil bénéficie du soutien de plusieurs partenaires, dont la Fondation McKnight, la Commission européenne, le Fonds pour l'environnement mondial, la coopération allemande (GIZ) et la France.
Conseils pour la mise en oeuvre : https://docs.google.com/document/d/1jjO5kl0CLrSb4Muuki31k6DrujRzK5sk/edit