Le riz fait partie de l'alimentation ouest-africaine bien avant la colonisation européenne. Le riz africain, Oryza glaberrima, a été domestiqué à partir de son ancêtre sauvage Oryza barthii dans le delta intérieur du Niger, au Mali, il y a environ 2 000 à 3 000 ans , une origine confirmée en 2018 par une étude de l'IRD publiée dans Current Biology.
En réalité, c'est une espèce distincte du riz asiatique Oryza sativa domestiqué séparément il y a environ 9 000 ans en Chine ; les deux espèces se croisent aujourd'hui très difficilement ce qui a longtemps limité les tentatives de combiner leurs qualités respectives.
C'est précisément cette difficulté qu'une équipe de l'université agricole de Nankin dirigée par Wan Jianmin vient de percer à jour. Publiés le 28 août 2026 dans la revue Science, ses travaux identifient un système de trois gènes (RHS3, mode toxine/antidote) qui bloque la reproduction entre les deux espèces en stérilisant pollen et graines des hybrides. L'équipe propose aussi une piste pour contourner ce verrou : selon la presse scientifique chinoise, cela pourrait permettre des variétés hybrides jusqu'à 10 % plus productives que les meilleures variétés asiatiques actuelles en combinant le rendement asiatique et la tolérance du riz africain à la sécheresse et aux maladies.
L'idée n'est pas nouvelle : dès les années 1990, le croisement des deux espèces a donné naissance aux variétés NERICA mises au point par le chercheur Monty Jones à l'ADRAO (aujourd'hui AfricaRice). Il en existe aujourd'hui plus de 80 avec des gains agronomiques réels mais leur développement s'est heurté au même verrou génétique, environ 90 % des premiers hybrides étaient stériles et des organisations comme GRAIN ont critiqué leur diffusion sous forme de semences certifiées à racheter chaque saison au détriment de l'autonomie des producteurs.
En outre, le précédent existe déjà : dans les années 2000, des chercheurs de l'université de Californie avaient breveté un gène de résistance issu d'un riz sauvage africain avant de le transférer dans une variété commerciale américaine. Le cadre juridique international n'aide pas à corriger ce déséquilibre : la Convention UPOV de 1991 restreint le droit des agriculteurs à ressemer librement leurs semences.
Une question majeure démeure donc : qui captera la valeur de cette ( soit-disant) innovation ? les producteurs et pays d'Afrique de l'Ouest, dépositaires historiques de ce patrimoine, ou les acteurs qui maîtrisent les technologies et la propriété intellectuelle qui les protègent ?
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Pour en savoir plus : IRD/AfricaRice (Current Biology, 2018) ; PNAS ; South China Morning Post (2 sept. 2026) ; PubMed, équipe de Nankin, Science (août 2026) ; AfricaRice ; ONU Afrique Renouveau.