La présente note d'information invite à reconnaître que la bataille autour des systèmes semenciers paysans (FMSS) en Afrique n’est pas un débat technique sur la régulation des semences, mais une lutte politique pour le pouvoir, le contrôle et l’avenir de la souveraineté alimentaire sur le continent. Le programme émergent de FMSS de l’Union africaine (UA) ouvre un espace important même s’il est déjà contesté par les intérêts des entreprises, les institutions technocratiques et les modèles du marché qui cherchent à absorber, discipliner et finalement contrôler les systèmes mêmes que les agriculteurs ont construits, défendus et maintenus pendant des générations.
À mesure que la gouvernance des semences est de plus en plus façonnée par les systèmes d’enregistrement, les régimes de certification, les plateformes numériques, les outils de traçabilité et l’extraction de données, la lutte ne concerne plus seulement les semences elles-mêmes, mais qui fixe les règles, qui possède les connaissances et qui contrôle les infrastructures sur lesquelles le futur des semences africaines repose.
La société civile africaine, les organisations paysannes et les mouvements pour la souveraineté alimentaire ne rejoignent pas dans cette lutte en tant que spectateurs. Ils ont déjà été en première ligne résistant à des lois de type Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV), affrontant l’harmonisation des semences, défendant l’échange de semences, protégeant la biodiversité et exposant l’emprise croissante des entreprises et du numérique sur l’agriculture africaine.
Cette note d’information insiste sur le fait que les FMSS ne doivent pas être « reconnus » pour être intégrés dans des systèmes de surveillance, de conformité et de détournement de marché. L’enjeu c’est de savoir si les agriculteurs restent gardiens, sélectionneurs, innovateurs et décideurs dans des systèmes semenciers existants, ou s’ils sont réduits à des fournisseurs de données et des sujets politiques au sein de régimes gouvernés par l’extérieur. L’action des mouvements africains réside précisément dans le refus de cet enclos, et dans l’exigence selon laquelle l’avenir des FMSS doit reposer sur les droits des agriculteurs, le contrôle collectif, la biodiversité, l’agroécologie et la responsabilité démocratique.
C’est donc le moment non pas pour une consultation passive, mais pour une intervention organisée. Les textes continentaux peuvent encore faire l’objet de pressions, et leur transposition au niveau national sera une bataille encore plus coriace. La société civile africaine a le pouvoir et la responsabilité de résister à la faible reconnaissance, de résister à l’enclos légal et numérique, et d’exiger une protection contraignante des droits des agriculteurs à conserver, utiliser, échanger et vendre des semences, ainsi que le contrôle des connaissances et des données générées dans leurs champs et leurs communautés.
Le choix est clair : soit les FMSS sont défendus comme la base vivante de la souveraineté alimentaire et de la résilience en Afrique, soit ils sont lentement absorbés dans une nouvelle architecture de contrôle corporatif, bureaucratique et numérique.
Consultez la note ici : https://acbio.org.za/wp-content/uploads/2026/06/Seeds-power-digital-futures-in-Africa_FR_fin.pdf
Source & Crédit photo : African Centre for Biodiversity