L'agriculture africaine, une dépendance aux financements : l'urgence de la réforme
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L'agriculture africaine, une dépendance aux financements : l'urgence de la réforme

COASP
04 May 2026
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Ils sont 306 millions. Trois cent six millions d'Africains qui se couchent chaque soir le ventre vide, une réalité que quatre grandes organisations internationales notamment la FAO, la CEA, le PAM et la Commission de l'Union africaine (UA) ont choisi de mettre brutalement sur la table dans un rapport conjoint publié fin avril.

Le constat est accablant. Pour la huitième année consécutive, la faim progresse sur le continent africain. Le continent représente désormais à lui seul plus de 45 % de la sous-alimentation mondiale. Derrière ce chiffre, une cascade d'indicateurs alarmants : 892 millions de personnes souffrent d'insécurité alimentaire modérée ou grave soit plus du double de la moyenne mondiale et un milliard d'Africains n'avaient tout simplement pas les moyens de s'offrir une alimentation saine en 2024. Un milliard.

La bombe à retardement d'Ormuz

Le rapport tombe à un moment particulièrement sensible. Les perturbations en cours dans le détroit d'Ormuz font peser une menace directe sur les prix alimentaires mondiaux. Dans un continent où les ménages consacrent déjà une part disproportionnée de leurs revenus à se nourrir, la moindre flambée des marchés peut basculer des familles entières dans la précarité alimentaire.

Ce contexte géopolitique confère au rapport une urgence que ses auteurs ne cherchent pas à masquer.

L'argent promis qui ne vient pas

Au cœur du problème : un gouffre financier béant entre les besoins réels et les investissements effectifs. Certes, les dépenses publiques africaines dans l'agriculture ont globalement progressé depuis 2018. Mais cette tendance positive masque une réalité bien plus sombre.

L'aide publique au développement extérieure n'a progressé que modestement, et moins d'un quart de ces flux a été fléché vers la sécurité alimentaire et la nutrition. Du côté du secteur privé, le bilan est tout aussi décevant : les crédits bancaires alloués à l'agriculture plafonnent sous les 4 % du crédit total, et les investissements directs étrangers dans l'alimentation et l'agriculture dépassent rarement 2 milliards de dollars annuels, une fraction dérisoire au regard des enjeux.

Les enfants paient le prix fort de ces défaillances collectives. En 2024, plus de 30 % des moins de cinq ans souffraient d'un retard de croissance sur le continent.

Changer de logique, pas seulement de chiffres

Face à ce tableau, le rapport ne se contente pas de réclamer davantage d'argent. Il appelle à une transformation profonde de la manière dont ces financements sont pensés, alloués et contrôlés. Maximiser l'impact des investissements existants, réorienter les fonds publics vers la mobilisation des capitaux privés, libérer le potentiel d'un secteur privé encore trop timide sur ce terrain : tels sont les trois axes que les agences onusiennes et l'Union africaine mettent en avant.

Le message, en filigrane, s'adresse autant aux gouvernements africains qu'aux bailleurs internationaux et aux investisseurs : l'agriculture africaine n'est pas un gouffre financier, c'est un levier de transformation à condition de s'en donner les moyens.

Photo de l'article : © FAO/Sebastian Liste

Pour aller plus loin : lire le rapport original sur ONU Info