La Banque mondiale est-elle la nouvelle cheffe de file de la « Révolution verte » en Afrique ?
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La Banque mondiale est-elle la nouvelle cheffe de file de la « Révolution verte » en Afrique ?

COASP
25 Jun 2026
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L'objectif de ce rapport est de comprendre le rôle du Groupe de la Banque mondiale dans le soutien aux projets d’élevage dans la Révolution verte en Afrique, avec un accent sur l’Afrique de l’Est et australe.

Alors que les grands artisans de la « Révolution verte africaine » des deux dernières décennies traversent une période de turbulences suite à USAID démantelée sous l'administration Trump, agences de développement européennes amputées au profit des budgets de défense, fondation Gates fragilisée par les révélations sur les liens de son fondateur avec Jeffrey Epstein, c'est le Groupe Banque mondiale (GBM) qui s'impose désormais comme le principal moteur de la transformation agricole du continent.

C'est le constat central d'un rapport publié ce 25 juin 2026 par l'Institute for Agriculture and Trade Policy (IATP) et l'Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), intitulé The Bank Takes the Lead?.

Les auteurs, Alex Park et Philip H. Howard, montrent que les financements du GBM destinés à l'agriculture africaine sont passés d'environ 1 milliard de dollars par an entre 2014 et 2020 à près de 3 milliards par an entre 2021 et 2024, avec environ 12 milliards de dollars consacrés spécifiquement à l'élevage dans 31 pays depuis 2014 , un secteur présent dans 29 des 49 pays subsahariens étudiés.

Le rapport s'attarde particulièrement sur la nouvelle initiative AgriConnect, annoncée en octobre 2025 par laquelle le GBM prévoit d'injecter 9 milliards de dollars par an dans l'agriculture mondiale d'ici 2030, en mobilisant aussi des partenaires comme la Banque africaine de développement, le FIDA, et même le Qatar.

Les auteurs y voient la continuité d'un discours déjà ancien , celui d'un marché agricole africain à « mille milliards de dollars », chiffre datant en réalité d'une estimation de 2013 largement dépassée par les réalités du terrain (déficit commercial agricole de 17 milliards de dollars, seuls quatre pays subsahariens en excédent).

Le rapport critique également la rhétorique sur l'intelligence artificielle et les technologies connectées au service des petits exploitants, qu'il situe dans la lignée d'un discours tenu depuis des années par des acteurs comme la Fondation Rockefeller, et qui viserait surtout à intégrer les agriculteurs dans des chaînes de valeur et des systèmes financiers mondialisés plutôt qu'à renforcer leur autonomie.

Au-delà des chiffres, le rapport pointe une contradiction structurelle : si le GBM valorise l'élevage comme pilier des moyens de subsistance ruraux, il le conçoit aussi comme un produit « à haute valeur » destiné à relier zones rurales et marchés urbains via des processus industriels , deux logiques jugées difficilement compatibles. Les auteurs citent l'exemple rwandais, où un projet de transformation du secteur agricole visait explicitement à réduire la part de la population travaillant dans l'agriculture de 70 % à 50 %, ou encore le cas de Zambeef en Zambie, géant agro-industriel soutenu par l'IFC et la BII, dont les relations avec les petits producteurs laitiers et bovins restent peu documentées et parfois contestées.

Le rapport conclut en appelant à un modèle alternatif fondé sur l'agroécologie, le pastoralisme, les marchés territoriaux et une plus grande autonomie politique des agriculteurs africains, plutôt que sur l'approfondissement d'un modèle productiviste hérité de la Révolution verte initiale.

Lisez le rapport complet ici (version angalise) : https://afsafrica.org/wp-content/uploads/2026/06/The-Bank-Takes-the-Lead-final-EN.pdf