Trois ans après la Déclaration de Kinshasa, ce nouveau texte s'appuie sur des acquis déjà visibles dans la région (loi camerounaise sur le bio, réseaux de semences communautaires, stratégies nationales dédiées) mais répond surtout à un constat d'urgence : une forêt qui recule de 0,3 % par an sur 300 millions d'hectares, une région qui importe plus de la moitié de ses besoins alimentaires, et des agriculteurs familiaux quasi absents des budgets publics.
Trois recommandations chiffrées structurent le texte.
D'abord, un seuil budgétaire : au moins 30 % des dotations publiques allouées aux secteurs des systèmes alimentaires devront être consacrés à l'agroécologie dans la transposition nationale du PDDAA. Ensuite, un objectif de flux financier : les bailleurs climat et biodiversité (Fonds vert pour le climat, CAFI, Fonds bleu du bassin du Congo, BAD) sont appelés à garantir qu'au moins 20 % de leurs financements parviennent directement aux organisations paysannes, femmes, jeunes et peuples autochtones, via des guichets simplifiés et un soutien pluriannuel plutôt que des projets ponctuels. Enfin, une échéance de gouvernance interne : les organisations paysannes elles-mêmes s'engagent à confier au moins la moitié de leurs postes de direction aux femmes, aux jeunes et aux membres des peuples autochtones.
À cela s'ajoutent des demandes structurelles fortes de reconnaissance des droits fonciers coutumiers et consentement libre, préalable et éclairé sans exception, protection légale des semences paysannes contre toute criminalisation, et création d'un mécanisme régional de financement accessible directement aux communautés.
Pour que ces engagements ne restent pas lettre morte, la Déclaration se dote d'un dispositif de redevabilité inédit : une Feuille de route d'action régionale traduisant chaque appel en actions, responsables et calendriers ; une unité de coordination régionale hébergée par l'AFSA, appuyée par des plateformes nationales dans chacun des six pays ; et un rapport annuel public qui devra rendre compte, appel par appel et engagement par engagement, des progrès réalisés jusqu'au bilan attendu lors de la troisième Rencontre du bassin du Congo.
C'est cette architecture de suivi, autant que les seuils fixés, qui distingue Yaoundé 2026 des déclarations précédentes.