Biodigitalisation agricole en Afrique : quand les données deviennent un enjeu de souveraineté
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Biodigitalisation agricole en Afrique : quand les données deviennent un enjeu de souveraineté

COASP
03 Jun 2023
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Dans le cadre de la 4ᵉ Conférence Panafricaine sur la Gouvernance des Semences, qui se tient du 2 au 4 juin à N'Djamena, une présentation a particulièrement retenu l'attention des participants : celle consacrée aux risques et menaces liés à la digitalisation des données agricoles, et plus précisément à ce que les chercheurs appellent désormais la « biodigitalisation ».

J'ai bien le contexte. Voici l'article :


Cette édition 2026, après des étapes à Dakar, Dar es Salaam et Niamey, élargit son périmètre de la souveraineté semencière à la souveraineté génétique abordant notamment les droits sur les données agricoles, les pressions des cadres commerciaux sur les variétés locales, et la gouvernance des systèmes semenciers paysans.

En effet, la transition numérique touche désormais jusqu'au cœur des systèmes alimentaires africains. La collecte, le stockage et l'analyse de données génétiques liées aux semences  (biodigitalisation) ouvre des possibilités scientifiques inédites. Mais elle soulève en même temps des questions fondamentales sur qui détient le contrôle de ce patrimoine vivant.

Les diapositives projetées lors de la conférence dressent un constat sans détour : les systèmes semenciers paysans sont potentiellement menacés par cette numérisation galopante, si elle n'est pas encadrée par des mécanismes de gouvernance solides et équitables.

La présentation identifie cinq risques majeurs regroupés sous la question : « Implications for Farmers' Seed Systems: What Is at Stake? »

  • Réduction de l'autonomie paysanne : lorsque les données sur les semences sont captées par des acteurs extérieurs, les agriculteurs perdent progressivement la maîtrise de leurs propres ressources génétiques.
  • Commercialisation de la biodiversité : des variétés locales librement échangées depuis des générations peuvent être brevetées ou monétisées par des entreprises privées grâce à leur numérisation.
  • Dépendance accrue : la numérisation peut renforcer la dépendance des agriculteurs envers des plateformes technologiques, des fournisseurs de semences améliorées ou des systèmes de certification extérieurs.
  • Marginalisation de l'innovation locale : les savoirs paysans, façonnés sur des siècles d'observation et d'adaptation, risquent d'être invisibilisés face aux données générées par les laboratoires.
  • Érosion de la souveraineté semencière : au bout de la chaîne, c'est le droit fondamental des communautés à décider de leurs semences qui est en jeu.

En outre, sous le titre « Biodigitization and Indigenous Knowledge – Critical Governance Questions », la présentation pose cinq questions aussi simples que déterminantes :

Qui possède la connaissance ? Qui contrôle l'accès ? Qui accorde le consentement ? Qui reçoit les bénéfices ? Qui détermine l'usage approprié ?

Face à ces menaces, la présentation propose un agenda en cinq réponses stratégiques, articulées autour d'une vision claire : « Building a Just Biodigital Future » (Construire un avenir biodigital juste).

  1. Protéger les droits des agriculteurs à l'ère numérique : garantir que la digitalisation n'efface pas les droits acquis sur les variétés paysannes.
  2. Assurer une gouvernance équitable des Informations de Séquençage Numérique (DSI) et le partage des bénéfices : en ligne avec les débats en cours dans le cadre du Protocole de Nagoya et de la Convention sur la Diversité Biologique.
  3. Investir dans la recherche publique africaine et les infrastructures numériques : pour que l'Afrique ne soit pas seulement productrice de données brutes, mais aussi actrice de leur analyse et de leur valorisation.
  4. Renforcer la souveraineté des données africaines : en développant des cadres juridiques et techniques qui permettent aux États et aux communautés de contrôler leurs données génétiques agricoles.
  5. Intégrer la biodigitalisation dans les cadres d'agroécologie et de souveraineté alimentaire : pour que le numérique serve les transitions agroécologiques plutôt que de les contrecarrer.

Les participants ont quand meme rappeler que la digitalisation est deja en avance et c'est peut-etre un outil puissant qui peut aider à documenter, préserver et valoriser la biodiversité agricole africaine mais sans gouvernance robuste et centrée sur les droits des communautés, elle peut devenir un nouveau vecteur d'accaparement des ressources naturelles du continent.

 

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