Bénin : Document de capitalisation des acquis du projet de valorisation des semences paysannes maraîchères et forestières au profit des femmes.
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Bénin : Document de capitalisation des acquis du projet de valorisation des semences paysannes maraîchères et forestières au profit des femmes.

COASP
30 Sep 2026
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Dans l'arrondissement de Sè, commune de Houéyogbé (département du Mono, au Bénin), un projet de valorisation des semences paysannes maraîchères et forestières a mobilisé plus de soixante femmes, restauré une quarantaine d'hectares de milieux dégradés et sensibilisé des centaines de personnes, écoliers compris. Il place les savoirs locaux au centre de la sécurité alimentaire.

Le point de départ du projet tient en trois constats. La généralisation d'une agriculture dépendante d'intrants coûteux (semences, engrais, pesticides) pèse sur les budgets des petits producteurs. La dégradation des terres s'accompagne de l'érosion des savoirs traditionnels, ce qui aggrave l'insécurité alimentaire et la perte de biodiversité. Face à cela, les semences paysannes souvent issues de variétés peu connues offrent une voie d'adaptation.

Sè est un arrondissement rural d'environ 26 600 habitants (recensement de 2013), également connu pour sa tradition de poterie. Le projet a été déployé dans les villages de Drè, Haindè et Sohounmè-Gbédji.

L'objectif est de conserver la biodiversité et de renforcer l'agriculture durable et la sécurité alimentaire en valorisant les semences paysannes et les espèces forestières alimentaires. La démarche repose sur la gestion participative, le diagnostic et la planification avec les communautés, la formation et l'accompagnement, l'approche genre, la gestion des connaissances et la recherche d'alternatives économiques. Le projet a bénéficié de l'appui de partenaires techniques et financiers, parmi lesquels le Programme de microfinancements du Fonds pour l'environnement mondial (PMF/FEM) et le PNUD.

Sur le plan des résultats, vingt-six espèces maraîchères et forestières ont été recensées, dont quinze jugées prioritaires, trois d'entre elles étant menacées. On y trouve des arbres alimentaires comme Vitex doniana, Cola nitida et Garcinia cola, mais aussi l'amarante, la vernonia, la grande morelle, le crincrin, le gombo, le piment, la tomate et le basilic. Un catalogue de ces espèces a été édité et publié.

Les producteurs se sont aussi organisés. Un réseau de trente fournisseurs de semences paysannes a été structuré. Trois groupements d'intérêt économique (GIE), rassemblant plus de soixante femmes, ont été formalisés : le GIE Nonvissi de Drè, La Vision de Haindè et le GIE Dagbemabou de Sohounmè-Gbédji. Leurs attestations d'immatriculation ont été délivrées en mai 2026. Ces groupements ont été formés à la production maraîchère, forestière et biologique, au conditionnement et à la conservation des semences, à la lutte biologique, au compost et aux biofertilisants, à la gestion associative et financière, ainsi qu'à la valorisation et à la commercialisation.

Côté production, trois jardins et pépinières témoins ont été installés au profit de plus de soixante femmes et ont été cartographiés. Les GIE ont reçu des équipements et des compostières. Leurs productions maraîchères sont commercialisées, et cinq espèces (gombo, grande morelle, tomate, amarante et piment) ont été conditionnées pour la conservation des semences.

Le volet écologique n'est pas en reste. Dix mille plants forestiers ont été produits par les GIE pour la commercialisation et la restauration. Au total, 5 hectares de berges, 10 hectares de forêts (dont celle d'Agbazoun) et 25 hectares de terres dégradées ont été reboisés, et plus de 150 personnes ont été sensibilisées à la conservation. La jeunesse a été associée : cinq écoles se sont engagées, cinq EcoTeams ont été créés et cinq jardins pédagogiques installés. Plus de 250 acteurs scolaires ont été sensibilisés et ont participé aux activités de verdissement.

Parmi les enseignements retenus figurent l'importance d'évaluer les besoins avant d'agir, de sécuriser le foncier, d'assurer un accompagnement et un suivi rapprochés, de valoriser le savoir local, de favoriser la mise en relation et la communication, et de bâtir un modèle économique durable. L'approche participative, le diagnostic, la planification et l'agroécologie ont été les principaux leviers d'expérience.

Les porteurs du projet ne cachent pas les difficultés : l'accès à l'eau, rendu plus difficile par les perturbations climatiques, les contraintes d'organisation au sein des GIE et l'accès au foncier, décrit comme très complexe. Les perspectives dessinent la suite : pérenniser et étendre les actions, mobiliser de nouveaux partenaires, valoriser les banques locales de semences paysannes, installer des systèmes d'irrigation modernes et renforcer l'accès des femmes à la terre.

Au Bénin comme ailleurs en Afrique de l'Ouest, la conservation des semences paysannes est devenue un sujet de plaidoyer. Fin 2024, des agriculteurs réunis à Grand-Popo, à l'initiative de la Fédération agro-écologique du Bénin, ont appelé à protéger ces semences qui résistent mieux aux stress climatiques. 

Le projet a été rendu possible grâce aux communautés locales, aux autorités et aux partenaires techniques et financiers : PMF/FEM, PNUD, C2A, OISDD et la commune de Houéyogbé.

Consultez le document de capitalisation ici : https://drive.google.com/file/d/1ZzXLHIQ2_eyZZo1baUP34VNeQ8iXYFmV/view?usp=sharing