L'intervenante principale, Nafissa Doro, Secrétaire Générale de l'Initiative pour l'Arbre au Niger et doctorante en agroforesterie a présenté leur modéle d'intégration qui a fait ses preuves sur le terrain.
En effet, le Niger figure parmi les trois pays les plus vulnérables aux changements climatiques au monde. Chaque année, le pays perd 100 000 hectares de terres arables, tandis que l'insécurité alimentaire touche des millions de Nigériens. Face à cette réalité, l'agroécologie s'impose comme une réponse structurante : elle permet de nourrir les populations sans dépendance aux intrants chimiques, tout en restaurant durablement la fertilité des sols.
Le pari : miser sur les enfants
La force du modèle présenté par Nafissa Doro tient à un choix stratégique simple : s'appuyer sur le pouvoir d'influence des enfants pour ancrer des habitudes durables dans les familles et les communautés. Ce pari s'est traduit par des résultats mesurables :
- 183 jardins agroécologiques créés au Niger, dont 108 directement en milieu scolaire
- Plus de 4 300 bénévoles mobilisés à travers le pays
- Un programme reproduit dans 5 des 8 régions du Niger
- Une troisième cohorte du programme de mentorat, avec 50 enfants par an
- Des enfants prenant la parole publiquement devant plus de 350 personnes lors du Forum national de l'arbre
Il faut que la résilience climatique commence par les enfants. Ça ne sert à rien de planter un arbre espérant que son enfant profite de l'ombre plus tard sans apprendre à l'enfant comment prendre soin de cet arbre.Les enfants sont déjà les acteurs d'aujourd'hui. Ils ont la capacité de changer les choses à condition seule qu'on leur donne les outils, les connaissances, et les compétences pour agir et transformer tous ces défis en engagement clair et constructif . souligne Nafissa
Trois piliers sont essentiels pour reproduire et réussir le modéle d'intégration agroécologique presenté par Nafissa.
1. Valoriser les savoirs locaux. Plutôt que d'imposer des méthodes extérieures, l'approche part des connaissances déjà détenues par les producteurs et agriculteurs locaux ; une condition essentielle d'appropriation et de durabilité.
2. Former, puis laisser les enfants agir. Le programme combine formation du personnel scolaire, mise en place des jardins par les enfants eux-mêmes, et implication active des communautés locales. Les enfants y apprennent des compétences concrètes : compostage, conservation des semences locales, techniques agroécologiques de base.
3. Transformer les enfants en ambassadeurs. Via des formations interactives et des panels publics, les enfants développent une véritable conscience environnementale qu'ils transmettent à leurs familles et enseignants.
Un point notable relevé par Nafissa Doro : le projet est passé d'une démarche proactive (l'organisation démarche les écoles) à une dynamique où ce sont désormais les écoles elles-mêmes qui sollicitent le programme , signe fort d'adhésion et de crédibilité acquise sur le terrain.
Toutefois, des obstacles majeurs restent à souligner notamment le manque d'infranstructures adéquates dans certains établissements scolaires, la nécessité de réaménager les emplois du temps, les moyens financiers.
Malgré ces contraintes, un signal encourageant revient systématiquement : l'intérêt spontané des enfants pour ces programmes qui facilite grandement leur mise en œuvre et leur appropriation.
En somme, l'agroécologie scolaire peut devenir un levier réel de résilience climatique.