Faute de données scientifiques suffisantes sur cette région du monde, les chercheurs ont mobilisé les connaissances de 200 experts africains , chercheurs, guides de terrain, gardes forestiers, praticiens de la conservation pour reconstituer l'évolution de la biodiversité pays par pays.
Les résultats montrent de fortes disparités :
- Les grands mammifères (herbivores et carnivores) sont les plus touchés, avec des pertes atteignant 80 %, suivis des primates (jusqu'à 54 %).
- Les petits rongeurs et oiseaux des prairies sont relativement épargnés (jusqu'à 18 % de pertes).
- Chez les végétaux, les arbres des forêts et zones humides sont les plus affectés.
- Le Rwanda (48 % d'intégrité restante) et le Nigeria (53 %) sont les pays les moins préservés, tandis que la Namibie et le Botswana (87 %) s'en sortent le mieux.
Selon les auteurs, ces pertes s'expliquent principalement par la conversion des terres en zones agricoles, la dégradation des forêts et, dans les savanes, une combinaison des deux — la conservation dans les seules aires protégées ne suffisant pas à enrayer le phénomène.
Indépendamment de cette étude, le Rwanda fait par ailleurs face à un problème spécifique et documenté par plusieurs médias (AFP, RFI) : l'effondrement des colonies d'abeilles à cause des pesticides. Des apiculteurs rwandais rapportent des pertes massives de ruches, liées notamment à l'usage répandu d'insecticides comme le profénofos (marque « Rocket »), pourtant interdit dans l'Union européenne. Une étude de 2022 estimait que 72 % des agriculteurs rwandais l'utilisaient.
Les conséquences sont concrètes : des rendements de miel divisés par quatre pour certaines coopératives, des revenus en chute, et des abeilles affaiblies dans un pays où plus de 100 000 personnes vivent de l'apiculture.
Il est important de le préciser : l'étude Nature sur la perte de biodiversité et la crise des abeilles rwandaises documentée par la presse sont deux sujets distincts, qui ne doivent pas être confondus. La première mesure un recul global et multifactoriel de la faune et de la flore sur plusieurs décennies ; la seconde décrit une crise sectorielle actuelle liée aux pratiques agricoles.
Les deux pointent toutefois dans la même direction : la pression croissante exercée par les usages des terres et l'agriculture intensive sur les écosystèmes africains, et la nécessité d'une gestion plus durable des paysages partagés entre humains et nature.
Source & Image : Le Journal Afrique